La provence française

La Provence Française
I. NOUVEAUX MALHEURS
La réunion de la Provence au royaume de France ne marque pas la fin de ses malheurs.
Sous le règne de François Ier, elle est envahie par les Impériaux.
Il faut la résistance héroïque de Marseille pour les repousser (1524).
Quelques années après (1536), Charles-Quint entreprend une nouvelle invasion.
Les Provençaux détruisent tout ce qui peut servir à l'envahisseur ; Aix jugé trop faible pour se défendre est entièrement évacué. Courroucé de ne trouver que des ruines, Charles-Quint engage une lutte sans merci. Après de lourdes pertes, son armée entre dans Aix désert. Mais il ne parvient à prendre ni Marseille ni Arles. Ses soldats affamés l'abandonnent. Il doit évacuer le territoire conquis. Le pays se trouve libre, mais ruiné.
Les guerres de religion commencent alors avec les persécutions de Marie de Médicis. Protestants et catholiques rivalisent de cruauté. A cette époque, la peste existe à l'état endémique, avec de temps à autre quelques fortes épidémies comme celle de 1580 qui coûte la vie à 20.000 Marseillais.
II. LA RENAISSANCE
La Renaissance qui a une si heureuse influence sur les arts en France et en Italie ne passe pas sans que la Provence y participe.
Si nous allons visiter le musée Masséna, à Nice, nous y verrons une exposition de tableaux religieux de Louis Bréa et de Duranti que l'on compare aux grands peintres italiens.
A La Tour-d'Aigues, à Gordes, à Saint-Didier, à Lourmarin, on peut encore voir des châteaux qui datent de l'époque.
La première imprimerie est fondée à Marseille en 1594.
Le mouvement littéraire est plus important. Les jurisconsultes Oppède, François de Vauvenargues écrivent en latin. Des poètes écrivent en provençal : La Bellaudière à Aix, Coye à Arles, Pelabon à Toulon, Gros à Marseille.
Le roi exige que tous les textes administratifs soient écrits en français :
les magistrats et les nobles parlent français, et c'est en français que Vincent Leblanc conte ses aventures et ses voyages extraordinaires.
III. LA PROVENCE SOUS LOUIS XIII
Dès la mort d'Henri IV, les villes provençales prêtent serment à Louis XIII.
Richelieu n'aime pas l'esprit d'indépendance. L'existence d'un grand nombre de villes libres l'inquiète. Il veut affermir l'autorité royale à leurs dépens et créer de nouveaux impôts. Réunies à Valensole, les communautés envoient une délégation à la cour qui l'accueille mal. Alors éclate la révolte des « Cascavéù », ainsi appelés parce que chaque insurgé porte un grelot attaché par un ruban blanc à son chapeau. Vaincus, les insurgés conservent cependant leurs privilèges et Aix son Parlement.
En 1636, les Espagnols prennent les îles de Lérins d'où ils sont chassés un an après, grâce à la vaillance des Provençaux. Ce dévouement ne change pas les sentiments de Richelieu à l'égard de la Provence. Il lui enlève peu à peu ses libertés.
Le Parlement d'Aix doit subir la présence d'un second Parlement, mandaté par le roi :
le semestre. Ils gouvernent alternativement six mois par an.
Le mécontentement va jusqu'à la révolte : c'est la « guerre du semestre ».
IV. LA MONARCHIE ABSOLUE
Sous la Fronde, le Parlement d'Aix met à prix la tête du cardinal de Mazarin.
Ici, les Frondeurs s'appellent les « Sabreurs », parce que leur chef dit toujours :
« Je vous sabrerai ». La Fronde trouble particulièrement Marseille, Aix et Draguignan
En 1658, Marseille à qui l'on veut enlever ses libertés municipales se soulève, sous la conduite de Gaspard de Glandevès-Niozelles. La révolte écrasée, Niozelles est convoqué devant Louis XIV pour s'excuser. Il refuse de s'agenouiller et de se découvrir, devant le monarque. Sa maison est rasée et il s'enfuit. C'est le dernier héros de l'indépendance provençale.
Mazarin en profite pour brimer la ville : il la désarme et supprime toutes ses vieilles libertés. Pour l'empêcher de recommencer, il fait construire le fort Saint-Nicolas et, plus tard, le fort Saint-Jean qui dominent la cité.
Louis XIV ne laisse aucune liberté aux provinces, l'histoire particulière de la Provence finit là. Désormais, ses terres sont confondues avec les autres, ses lois sont les lois françaises et son histoire est étroitement liée à celle de la France.
Pendant la guerre de Succession d'Espagne, les Anglais, voulant détruire notre premier port de guerre, assiègent Toulon. Défendue par les maréchaux de Villars et de Tessé, la ville est sauvée.
Au traité d'Utrecht (1713), la France obtient Barcelonnette.
L'hiver de 1709 est si rude que les arbres fruitiers périssent et que les oliviers gèlent.
Pendant le « Siècle de Louis XIV », le Marseillais Pierre Puget est un des plus grands artistes français. A la fois peintre, sculpteur, architecte, il ne se laisse pas influencer par les modes parisiennes et son œuvre est vraiment personnelle.
Il crée à Marseille les quartiers de la Canebière. La ville deviendrait la plus belle de l'époque si ses plans étaient entièrement exécutés.
La sculpture sur bois, alors fort appréciée, nous a laissé des chefs-d'œuvre dans les églises de Cogolin et de Saint-Maximin.
Les premières années du règne de Louis XV sont marquées par la terrible peste de 1720. Pendant la guerre de Succession d'Autriche, 40.000 Autrichiens et Piémontais franchissent le Var et s'approchent d'Antibes après avoir pillé Grasse. Le maréchal de Belle-Isle leur fait repasser le Var. Ils laissent derrière eux un véritable désert :
les puits sont comblés, les récoltes anéanties, les oliviers coupés.
Sur mer, le bailli de Suffren met en échec la puissante flotte anglaise. Il est le plus grand marin français de l'époque.
V. ADMINISTRATION DE LA PROVENCE EN 1789
Depuis le retour de la Provence à la France, elle a su garder son particularisme :
tant bien que mal notre vieille constitution a subsisté.
Chaque communauté, presque indépendante, est dirigée par un conseil élu.
Le pays, divisé en 22 vigueries, est gouverné par les Etats formés des représentants de la Noblesse, du Clergé et du Tiers.
Ils se réunissent à Aix et votent une contribution pour le gouvernement de Paris.
Tel est l'essentiel de la Constitution provençale que les rois de France essaient sans cesse de détruire et que les assemblées révolutionnaires vont bientôt abolir.
Texte tiré du livre :
Notre Provence
par F. Garrigue et A. Vérola
Texte intégral ici (7Mo pdf)
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